Lecture : Saturnin

Parmi la littérature tchèque, c’est loin d’être l’une des œuvres les plusaturnins connues. En revanche, Saturnin témoigne parfaitement du burlesque tchèque, tel qu’on peut le trouver notamment dans Le brave soldat Chveïk. L’humour par l’absurde, marque déposée en République tchèque, trouve son cocon dans ce récit léger. Le narrateur, un aristocrate trentenaire vit seul, à Prague, au début du XXe siècle. Il recrute un domestique nommé Saturnin, dont l’extravagance l’étonne et l’amuse. En effet, loin d’être le domestique effacé que l’on peut trouver çà et là, Saturnin a une forte personnalité et justifie tous les moyens pour atteindre son but, quitte à choquer certains des aristocrates qu’il côtoie. Son maître, quant à lui, s’amuse de ce domestique loyal mais pas toujours honnête, et profite de ses services pour parvenir à séduire Barbara, ravissante demoiselle rencontrée au club de tennis de la ville.

L’histoire est légère et détonne rapidement avec les classiques tchèques. Le scénario multiplie des situations plus absurdes les unes que les autres, a la manière d’une comédie au cinéma. Le rythme est soutenu, empêchant le lecteur de reprendre son souffle et l’emmenant vers un nouveau rire. Les personnages hauts en couleurs et les phrases sans cesse rallongées par des virgules donnent de faux airs de Petit Nicolas à Saturnin, et l’on ne s’étonne pas en apprenant que le livre a été adapté au cinéma, tant chaque scène est décrite avec réalisme.

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Lecture : Mon traître

mon-traitre.jpgLes Troubles irlandais, de la fin des années 1970 aux années 2000. C’est ce que propse au lecteur Sorj Chalandon. Mais le livre va bien au-delà d’un récit sur la guerre civile et ses conséquences. Mon traître est une histoire vraie. L’histoire d’un Français lié d’amitié avec des Irlandais catholiques de Belfast, l’histoire d’un homme qui s’identifie à la lutte des catholiques face au gouvernement britannique. Et l’histoire d’un traître, d’un membre de l’IRA payé par les services secrets britanniques pour leur fournir des renseignements sur les dissidents catholiques.

Il n’y a pas de suspense dans ce livre, juste l’inexorable avancée d’un récit poignant. Témoignage de la guerre civile irlandaise, Mon traître ne raconte pas seulement la lutte, mais aussi le quotidien des Irlandais à cette période, et surtout les liens d’amitié qui se sont tissés au fil des années, jusqu’à la révélation de la trahison.

Rapide, rythmé, c’est un livre qui se lit à toute vitesse, au rythme des violons irlandais et de la colère des victimes de la guerre.

Le gouvernement prévoit de nouvelles coupes budgétaires

Pour faire face au déficit public, le Premier ministre a dévoilé hier un vaste plan d’économies basé sur des coupes budgétaires importantes, auxquelles chaque citoyen devra participer. La mesure principale concerne la suppression de deux doigts par personne, ainsi que deux orteils. Les syndicats ouvriers ont déjà manifesté leur mécontentement face à cette mesure. « C’est encore quelque chose qui va nous coûter un bras et les résultats seront invisibles », affirme Bertrand Thébeaux, leader du Parti des Ouvriers Unis de France (POUF).
Le ministre de la Santé a rejeté les accusations sur les risques qu’encourent les personnes qui se feront amputer de deux doigts et deux orteils. « Nous pouvons confirmer que l’être humain n’a pas besoin de ses 10 doigts. Dans chaque main, trois suffiraient à remplir les tâches les plus courantes. Notre réforme ne vise qu’à supprimer l’auriculaire, dont la seule fonction est le nettoyage du conduit auditif, chose que n’importe quel autre doigt est à même de réaliser. »
Le ministre explique qu’avec des doigts en moins, les citoyens pourront toujours vivre normalement, mais que leurs dépenses devraient baisser légèrement, notamment dans le domaine de la musique. « Nous avons simplement besoin que toute la nation fasse un petit effort, pour éviter une situation où un groupe de personnes payerait pour les autres », explique le ministre avant d’assurer que les musiciens professionnels bénéficieraient d’un régime spécial les exemptant de la suppression des auriculaires.
Le POUF rappelle que le gouvernement s’est engagé à payer une formation aux ouvriers pour appréhender leurs nouvelles mains, et doute que les dépenses de l’État baissent réellement après cette réforme. « Le gouvernement nous montre là qu’il n’est pas prêt à travailler main dans la main avec nous », conclut Bertrand Thébeaux.

Lecture : Crise d’asthme

keret-crise-dasthme.jpgPsychédélique, absurde et parfois cru, ce recueil de nouvelles pourra en rebuter plus d’un. Etgar Keret raconte parfois des scènes de la vie courante dans lesquelles il ajoute une touche surréaliste qui peut décontenancer les plus cartésiens. Difficile de juger avec précision un livre qui ressemble à un fourre-tout d’idées lancées les unes après les autres et rassemblées faute de mieux. Certaines des nouvelles ont par la suite été reprises dans le film Le sens de la vie pour 9,99$, dont Keret est le scénariste.

On apprécie le style direct et franc des nouvelles, très courtes, qui changent le rythme classique. Certaines ne contiennent pas de chute, comme si l’auteur voulait se concentrer sur une autre idée. Un livre qui se lit à 100 à l’heure, tant chaque texte est court et rythmé.

Lecture : Saga

sagaQuatre scénaristes has-been sont recrutés par une chaîne de télévision pour créer un feuilleton et respecter les quotas de création française à l’antenne. La consigne, faire« n’importe quoi, pourvu que ce soit le moins cher possible ». Prenant les instructions à la lettre, les quatre auteurs se lancent dans la création de Saga, série télévisée qui, par sa liberté de ton, rassemble finalement des millions de téléspectateurs.

Critique de la télé-poubelle mais aussi de la dictature de l’image dans la société, Saga raconte à la fois la vie et la mort d’une série et la vie de ceux qui la créent. Un feuilleton du point de vue des scénaristes qui se lit à toute vitesse et mélange les vies de quatre personnages trouvant dans ce projet peu habituel la clé pour retrouver un équilibre dans leurs vies respectives.

Une découverte surprenante sur le point d’exclamation !

Une étude de l’institut suédois Fejk affirme que les articles de presse dont le titre se termine par un point d’exclamation ont 2,87 fois plus de chances d’être lus que les autres. L’enquête se base sur un échantillon de 1000 personnes représentatives de la population active européenne et sur un panel de 57 articles en différentes langues. « Les résultats sont révélateurs de la société d’aujourd’hui », conclut l’étude. « Les lecteurs évoluent et l’époque actuelle demande plus d’impact au niveau rédactionnel », indique Bertrand Bourdon, professeur de Lettres à l’université Dijon-II. « Le style d’écriture doit changer avec son temps. Les grandes phrases à la Proust et les descriptions à la Balzac sont révolues. »

De même, la tendance est à l’allègement du vocabulaire. « Si nous voulons que les gens nous comprennent, nous devons simplifier le langage. C’est la seule chance pour que le message passe avec efficacité », insiste Bertrand Bourdon. « Les chaînes de télévision l’ont pour la plupart bien compris et la baisse du nombre de documentaires au profit des émissions de téléréalité montre que nous allons dans le bon sens. ’Il faut que ça claque’, comme le disait déjà au XIXe siècle l’auteur britannique Adam Clark. »

Le retour en grâce du point d’exclamation pourrait s’accompagner d’autres mesures dans le futur, comme l’introduction d’emojis pour permettre aux lecteurs ayant le plus de difficultés de surmonter leur peur de la lecture. « Les Egyptiens avaient déjà tout compris », commente l’historien Roger de Montmureuil. « L’histoire est écrite par les vainqueurs, c’est pourquoi leurs hiéroglyphes ont été abandonnés. Mais si vous regardez la situation avec un œil neuf, vous comprenez immédiatement qu’ils avaient plusieurs millénaires d’avance. Je suis même persuadé que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. » L’intégration d’emojis dans la langue française a toutefois été rejetée par le ministre de l’Education dans une brève allocution sur Telegram, prouvant encore une fois que les élites ne souhaitent pas s’adapter au peuple.

Lecture : Hard Revolution

pelecanos-revolutionDerek Strange, jeune policier Noir à Washington en 1968, est confronté à la dure réalité lorsqu’il doit enquêter sur une affaire de drogue dans son quartier d’enfance, dont les protagonistes ont partagé le même banc d’école. Être policier et Noir est compliqué en temps normal, mais la situation s’embrase lors de l’assassinat de Martin Luther King, et surtout lors des émeutes qui ont secoué la capitale américaine lors des jours suivants.

Rejeté par les siens sans être pour autant accepté par tous les policiers, Derek Strange se trouve pris entre deux feux. Comme toujours chez Pelecanos, Washington (qui sert de décor à chacun de ses livres) est décrite avec un tel réalisme qu’elle compte comme un personnage à part entière. C’est rythmé, efficace, violent parfois comme l’ont été les émeutes, et toujours écrit avec le plus de justesse possible, décrivant la complexité des rapports entre Blancs et Noirs dans une société divisée.